Forum Francophonie 4.0 : Philippe Araujo, Directeur de YULCOM AI UK plaide pour une IA qui redonne du temps aux relations humaines
Le 23 septembre 2026, Philippe Araujo, directeur de YULCOM AI UK, a participé à la première édition du Forum Francophonie 4.0, organisée à Bruxelles par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
Consacré aux enjeux de l’intelligence artificielle, de l’emploi et de l’innovation locale, ce rendez-vous multipartite avait pour objectif d’identifier des trajectoires de développement inclusif et durable dans l’espace francophone à l’horizon 2030.
Fort de plus de dix années d’expérience dans la conception, le déploiement et l’adoption de solutions d’intelligence artificielle, Philippe Araujo est intervenu lors du premier panel, intitulé « Intelligence artificielle et Francophonie : opportunités pour l’emploi ». Il y a livré une analyse résolument pratique, nourrie par les expériences menées par YULCOM auprès d’entreprises, d’institutions et d’entrepreneurs.


Préserver la créativité humaine à l’ère de l’intelligence artificielle
Interrogé sur l’utilisation de l’IA dans la littérature, la musique et les autres domaines artistiques, Philippe Araujo a adopté une position ouverte, mais exigeante.
Selon lui, l’intelligence artificielle peut reproduire des structures, générer des textes, composer de la musique ou produire des images impressionnantes. Elle ne remplace toutefois pas complètement l’âme, la culture, la sensibilité et l’expérience singulière de l’être humain.
L’enjeu principal n’est donc pas d’interdire l’utilisation de l’IA dans la création, mais d’en assurer la transparence. Pour les concours artistiques et littéraires, Philippe Araujo recommande ainsi d’établir des règles claires et, lorsque cela est pertinent, de créer des catégories distinctes pour les œuvres réalisées « avec IA » et « sans IA ».
Cette approche permettrait d’encourager l’expérimentation technologique tout en protégeant les créateurs, leurs droits et la reconnaissance de leur contribution.
Regardez ci-dessous la vidéo intégrale du Forum Francophonie 4.0.
Automatiser les tâches pour redonner du temps à la relation humaine
Philippe Araujo a également insisté sur la vocation première de l’automatisation : libérer les professionnels des tâches répétitives afin qu’ils puissent se concentrer sur les activités à plus forte valeur humaine.
Il utilise lui-même l’intelligence artificielle pour effectuer certaines recherches, organiser l’information et préparer des brouillons. L’objectif n’est pas de déléguer entièrement la décision ou la communication, mais de disposer d’une première base qui sera ensuite vérifiée, personnalisée et corrigée par l’utilisateur.
Pour illustrer cette approche, il a présenté le cas d’équipes commerciales accompagnées dans l’utilisation de l’IA. L’analyse automatisée de leurs portefeuilles a permis d’identifier des prospects et des clients qui n’avaient pas été contactés depuis plusieurs mois.
Grâce à cette information, les commerciaux ont pu reprendre le contrôle de leur suivi, déterminer les relations à relancer et consacrer davantage de temps aux conversations avec leurs clients. Dans cette perspective, l’intelligence artificielle ne remplace pas la relation humaine : elle aide à la rétablir.
Faire de la souveraineté des données une priorité stratégique
La souveraineté des données a constitué un autre axe majeur de l’intervention de Philippe Araujo.
Les organisations doivent savoir où se trouvent leurs données, comment elles sont utilisées et dans quelles conditions elles sont communiquées à des services externes. Cette exigence est particulièrement importante dans les secteurs juridique, financier et public, où les informations traitées peuvent être sensibles ou confidentielles.
Dans ces contextes, Philippe Araujo recommande d’envisager des modèles ouverts pouvant être installés sur les serveurs de l’organisation. Cette approche permet de bénéficier des capacités de l’intelligence artificielle tout en conservant la maîtrise des données et de l’infrastructure.
Il a cependant rappelé que la souveraineté technologique dépend également de la disponibilité des ressources. Dans plusieurs pays africains, les principaux obstacles concernent encore l’insuffisance des données numérisées, l’accès limité à la puissance de calcul et le coût des infrastructures.
À partir des programmes de formation d’entrepreneurs menés notamment en Afrique, il constate pourtant un potentiel considérable. Les idées et les compétences existent, mais elles doivent être soutenues par un meilleur accès aux données, aux technologies et aux moyens de calcul.
Des emplois transformés plutôt que simplement supprimés
Sur la question de l’avenir du travail, Philippe Araujo a défendu une lecture nuancée. L’IA ne conduit pas nécessairement à la disparition complète des métiers : elle automatise certaines tâches et oblige les professions à évoluer.
Il a notamment cité l’exemple d’IKEA, qui a automatisé une partie de son service à la clientèle tout en formant 8 500 employés afin qu’ils deviennent des conseillers en aménagement intérieur à distance. Cet exemple montre qu’une entreprise peut utiliser l’automatisation comme un levier de reconversion et de création de nouveaux services.
Pour Philippe Araujo, il est encore difficile de prévoir précisément la forme que prendront les métiers au cours des prochaines années. Il est toutefois certain que la capacité d’adaptation deviendra essentielle.
Les compétences humaines, créativité, jugement, esprit critique, communication, empathie et aptitude à travailler avec les autres. continueront de jouer un rôle déterminant. Ce sont précisément les qualités que les systèmes d’intelligence artificielle reproduisent le plus difficilement.
Former les jeunes à l’IA, à l’entrepreneuriat et aux compétences humaines
Face à ces transformations, Philippe Araujo recommande de ne pas limiter les programmes de formation à l’apprentissage technique des outils.
Les jeunes doivent également être formés à l’entrepreneuriat, aux compétences comportementales, à la résolution de problèmes et à la mobilisation des communautés. Ils doivent apprendre à utiliser l’IA pour concevoir des solutions adaptées aux besoins de leur environnement et créer de la valeur à l’échelle locale.
Les outils de développement assisté par l’IA, notamment le « vibe coding », réduisent aujourd’hui les barrières techniques. Ils permettent à des personnes ne disposant pas d’une formation avancée en programmation de concevoir des applications, d’expérimenter des idées et de lancer de nouvelles activités.
Pour l’espace francophone, cette démocratisation représente une occasion majeure de soutenir la création d’entreprises locales et de rendre des technologies avancées accessibles à un plus grand nombre d’innovateurs.
Faciliter l’accès au savoir en français sans effacer les cultures
Philippe Araujo a également souligné le potentiel de l’IA pour démocratiser l’accès au savoir en français.
Une grande partie des connaissances techniques, scientifiques et numériques demeure produite ou diffusée en anglais. Grâce aux outils de traduction et d’adaptation, un utilisateur francophone peut désormais consulter ces ressources dans sa langue et accéder plus facilement à des technologies autrefois réservées aux anglophones.
La traduction linguistique ne signifie toutefois pas l’uniformisation culturelle. Une langue véhicule des références, des sensibilités et des manières de penser propres aux communautés qui la parlent. Les réalités québécoises, congolaises, camerounaises, togolaises ou européennes ne peuvent pas être entièrement reproduites par un algorithme à partir d’une traduction générique.
Le développement de solutions d’IA francophones doit donc tenir compte de la diversité des cultures, des usages et des contextes locaux.
Une méthode en trois niveaux pour maîtriser l’utilisation de l’IA
Afin de réduire les erreurs et d’éviter que les utilisateurs accordent une confiance aveugle aux réponses générées, Philippe Araujo propose une démarche structurée autour de trois niveaux.
Le premier consiste à personnaliser et à paramétrer correctement le modèle en fonction du profil, des objectifs et du contexte de l’utilisateur.
Le deuxième vise à constituer une mémoire organisationnelle, une forme de « second cerveau » regroupant des documents, des connaissances et des références validées. L’IA peut alors s’appuyer prioritairement sur un corpus maîtrisé plutôt que sur des informations générales ou incertaines.
Le troisième niveau concerne la formation au prompting contextualisé. Les utilisateurs doivent comprendre que la qualité d’une réponse dépend largement des instructions, du contexte et des informations fournis. Ils doivent apprendre à guider le raisonnement de l’outil, à vérifier ses productions et à conserver la responsabilité de la décision finale.
Une IA au service du pouvoir d’action des communautés francophones
À travers son intervention, Philippe Araujo a défendu une vision pragmatique de l’intelligence artificielle : une technologie qui doit augmenter le pouvoir d’action des personnes plutôt que se substituer à elles.
Son message invite les institutions, les entreprises et les acteurs de la formation à dépasser l’opposition entre l’humain et la machine. La priorité doit être de préparer les travailleurs, les jeunes et les entrepreneurs à utiliser l’IA de manière responsable, critique et créative.
La participation de YULCOM AI UK au Forum Francophonie 4.0 témoigne ainsi de la volonté de YULCOM de contribuer à une intelligence artificielle accessible, souveraine et adaptée aux réalités des territoires francophones.
Pour que cette transformation bénéficie pleinement à l’espace francophone, elle devra s’accompagner d’investissements dans les infrastructures, la formation, la gouvernance des données, la production de contenus en français et le soutien aux innovations développées localement.
Lors du panel « Intelligence artificielle et Francophonie : opportunités pour l’emploi », Philippe Araujo était accompagné de :
- Hugues Bersini — modérateur, professeur à l’Université libre de Bruxelles et cofondateur de FARI;
- Olivier Bertrand — professeur de linguistique et directeur du Centre international de langue et culture françaises de l’Institut Polytechnique de Paris;
- Asmae Ben Bahida — ingénieure, experte en intelligence artificielle et fondatrice de Just BIM It;
- Steven Tallec — cofondateur d’Arvester, cabinet spécialisé dans les industries culturelles et la découvrabilité des œuvres;
- Carl Mörch — codirecteur de FARI et spécialiste de l’intelligence artificielle responsable;
- Laetitia Mampaka — comédienne, humoriste, chroniqueuse et coach en éloquence.


